Collectionneurs d’art contemporain, des acteurs méconnus de la vie artistique

Moureau N., Sagot-Duvauroux D., Vidal M., 2016, Collectionneurs d’art contemporain,  des acteurs méconnus de la vie artistique, Département des Études,de la Prospective et des Statistiques, La documentation Française, collection Questions de Culture, 208 p., Paris.

S’appuyant sur une revue de la littérature et sur une vaste enquête quantitative (330 questionnaires) et qualitative (70 entretiens en face à face), cet ouvrage offre un portrait renouvelé des collectionneurs d’art contemporain. De façon attendue,  ils sont majoritairement aisés, diplômés et franciliens. Mais, au-delà de ces traits dominants, se cache une multitude d’individus singuliers dans leurs motivations, leurs démarches, leurs façons de collectionner. Certains sont des épicuriens de la collection et cherchent d’abord à se faire plaisir  par des acquisitions souvent éclectiques. D’autres s’emploient à construire la collection la plus cohérente possible, dans une attitude proche de celle d’un commissaire d’exposition. Certains entretiennent des relations distantes avec le marché, faisant confiance à quelques galeries auxquelles ils restent fidèles lorsque d’autres considèrent l’achat et la revente comme un élément essentiel de leur addiction et utilisent dès lors tous les canaux (galeries, ventes aux enchères, artistes, web….) pour leurs acquisitions. Certains collectionnent d’abord pour côtoyer les artistes et approcher les mystères de la création, d’autres craignent que la proximité avec ces derniers brouille, d’un voile sentimental, le jugement porté sur les œuvres. Dans tous les cas, collectionner est le résultat d’une imbrication de motivations. Recherche d’émotion, stimulation intellectuelle, ambition sociale, intérêt patrimonial se conjuguent avec des intensités diverses pour donner naissance à cette addiction particulière.

Autre constat, collectionner est un processus évolutif.  Les choix et les démarches se transforment ou s’affinent  en fonction de l’apprentissage personnel de chacun : lectures, rencontres, visites d’exposition… Le jugement se précise ou peut-être est-ce simplement la connaissance de son propre goût qui fait progressivement surface. Le réseau social créé autour de la collection (avec les artistes, les galeries, les critiques ou conservateurs de musées) lui-même évolue et modifie les jeux d’influences, si importants sur un marché où l’incertitude sur la qualité est grande. Un cheminement se dessine qui conduit le collectionneur d’un environnement de proximité avec quelques artistes et quelques galeries vers un horizon élargi allant du local à l’international, d’un plaisir spontané associé aux attributs de l’œuvre à un désir plus intellectuel  associé à la démarche de l’artiste.

Enfin,  la majorité des collectionneurs s’impliquent dans la vie artistique, notamment auprès de jeunes artistes émergents, bien au-delà des achats qu’ils réalisent : prêts d’atelier, participation financière à la production d’œuvres, accompagnement durable de galeries, ouverture d’espaces de production ou d’exposition, prêts ou dons aux institutions.  Mais ces engagements sont souvent discrets. Ils jouent pourtant un rôle essentiel dans l’animation artistique des territoires. D’où l’enjeu d’une meilleure coopération entre  collectionneurs et institutions.

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